"Après l'Orage"... Comme un symbole tant l'atmosphère qu'évoque le titre de ce nouvel album des Sages Poètes de la Rue est à l'image du groupe. En effet, depuis la formation du trio en 1987, Dany Dan, Zoxea et son frère Melopheelo, pionniers incontestés du rap à Boulogne-Billancourt (92), n'ont cessé de progresser dans la sérénité, toujours volontairement à l'écart des attitudes un peu trop "frimes", plus souvent chaotiques que constructives. Il n'est qu'à jeter un rapide coup d'œil en arrière pour se rendre compte qu'au-delà du nom même du groupe, aussi évocateur que légitime, toutes les étapes dans la carrière déjà longue des Sages Poètes de la Rue ont été placées sous le signe d'un rap apaisé et apaisant, d'un Hip-Hop sensé et sage, un Hip-Hop noble aux valeurs originelles, donc aux messages positifs et "conscients". Citons ainsi pour mémoire leur participation en 93, à la légendaire compilation "Les Cool Sessions" du producteur Jimmy Jay (avec "La Rue", un titre "carte de visite" qui les fera connaître auprès du grand public). Leurs collaborations, un an plus tard, avec MC Solaar ou Sinclair. Puis, leur premier album, le désormais classique "Qu'est Ce Qui Fait Marcher les Sages ?", produit en 1995 par le même Jimmy Jay. Et enfin, le titre, limpide et on ne peut plus explicite, de leur deuxième opus sorti en 1998, "Jusqu'à l'Amour", double LP aux thèmes étonnamment variés, qui réaffirmait avec force et intelligence l'importance de suivre à leurs yeux une voie "zen", faite d'humilité et de bonne humeur, loin des provocations inutiles. Un message de paix clamé haut et fort avec leur single " On Innonde les Ondes " qui bénéficia à l'époque d'une très large couverture médiatique en France.
La "devise" de Zox', Dan et Melo' ? Okay pour la "compétition" au micro (moteur sain du Hip-Hop depuis sa naissance), mais dans les règles de l'Art, d'une façon passionnée, adulte et respectueuse. Les embrouilles, la jalousie, l'hypocrisie ? Non, vraiment, très peu pour les Sages Poètes de la Rue... Alors avec un tel état d'esprit, pas étonnant que les fondateurs du label Beat de Boul (déjà responsables de la sortie de deux mini-LP, "Dans La Sono" et "Dans La Ville", tremplins pour de nombreux jeunes rappeurs boulonnais), bénéficient aujourd'hui d'une place à part et d'un solide
respect dans le paysage du rap hexagonal. Un respect renforcé par les réalisations individuelles des trois membres des Sages Poètes de la Rue : la connexion de Zoxea avec Kool Shen (NTM), la sortie, en 99, de son premier album solo, "A mon tour d'Briller" (signé sur le label IV My People), les featurings innombrables - mais toujours remarqués - de Dany Dan sur une flopée de singles, de mix-tapes et d'albums de rappeurs français, et enfin les multiples productions signées ici ou là par Melopheelo (Mo'Vez Lang, Manu Key...). C'est donc enrichi de toutes ces expériences, que le trio de choc revient sur le devant de la scène, toujours plus inventif et plus soudé que jamais.
"Après l'Orage"... 13 titres produits par les Sages Poètes de la Rue, mais aussi par Gutsy (acolyte de longue date et coordinateur artistique de l'album), AKH ou encore Madizm et Sec'Undo (du " crew " IV My People). 13 nouveaux titres diablement éclectiques, aux influences soul, funk, jazz, reggae… qui prouvent - si besoin était - que Zoxea, Dany Dan et Melopheelo posent toujours sur les choses, ainsi que sur la musique elle-même, un regard à 360°. Poètes de la rue, c'est entendu, mais d'une rue non cloisonnée, ouverte sur l'extérieur. Et puisque les Sages sont curieux de
tout, les Sages parlent de tout. De l'éternelle complexité des rapports entre les hommes et les femmes avec l'humoristique et volontairement machiste "Veux-Tu Coucher ?", ou avec "No One To Care", récits de chagrins d'amourr à la sincérité poignante, "Dis Moi la Vérité", séduisant rap/eggae featuring Nuttea, ou encore avec l'hymne fier et sexy "Tout le Monde Fait Oh !" (1er single dont le refrain est inspiré du célébrissime "Murder She Wrote", du duo jamaïcain Chaka Demus & Pliers). Les Sages Poètes de la Rue parlent de la gent féminine, donc, mais ils abordent aussi des thèmes plus "conscients", comme dans "Oublie Moi" où le trio affiche sa volonté farouche de rester en dehors des magouilles et des "faux-plans", ou comme dans "Leçon de Vie", hommage plein d'humilité à l'altruisme, aux actions humanitaires et
au bénévolat. Mais attention a ne pas commettre pour autant l'erreur de ne voir en Zox', Dan et Melo que des MC's inoffensifs. Ils savent aussi remettre les pendules à l'heure. Le microcosme du business connaît son lot de mauvaises langues, de mauvaise foi et de rumeurs entretenues face auxquelles les Sages montrent les crocs et grognent, sur des rythmiques Hip-Hop pures et dures. Il n'est qu'à écouter "Comment Tu Veux Qu'j'Taffes?" featuring Safir, vision cruelle et sans merci des travers de l'univers du rap français, "Coup de Gueule", ultime appel à plus de modération dans les comportements, ou encore la magistrale mise au point qu'est "Thugs" à laquelle se mêle Kool Shen, Salif et Exs (du groupe Nisay). Bref, Les Sages Poètes de la Rue sont de retour, prêts à en découdre sur la scène, et cela
va s'entendre…
Trésors Enfouis, le nouvel album des sages poètes de la rue est un vrai retour au rap conscient, intimiste et authentique des années 90. L'intro, sagement intitulé Introsage donne le ton sous le scratch du grenoblois Kreestyle. D'un scratch, on fait un bond dans le passé. Dans l'âge d'or du hip hop plus précisément (années 85 à 92), Une période d'intense créativité tant au plan musical qu'au plan textuel. En cette période de surenchère technique, comme le regrette le trio de Boulogne, Trésors Enfouis apparaît comme un album simple au niveau instrumental (sans être simpliste niveau texte).
Le groupe s'est certes affranchi de sa maison de disque et produit désormais en indépendant mais le trio a délibérément conçu son album en se référant au début du mouvement hip hop. Une période qu'ils considèrent comme une mine d'or mais que beaucoup de MC semblent oublier au profit d'un rap lourd et compétitif. D'où le choix du titre de l'album Trésors enfouis.
Les Sages Po se moquent bien des critiques négatives sur ce nouvel album, leur 4ème, car ils y ont donné le maximum de leur talent avec un minimum de moyen technique. Le premier titre de l'album, A présent tu nous regrettes, s'adresse à ceux qui les jalousent.
Les mauvaises langues ou Criticus comme les surnomment les Sages Po sont encore épinglés dans le titre du même nom. Sont visés, les journalistes qui cherchent toujours la petite bête ou les faux amis adeptes du rictus. Le troisième extrait de l'album, Balle Perdue est une métaphore de la vie qui pourrait aussi être une biographie du groupe. Extrait : «Parfois la vie ressemble à une balle perdue. Dans les cités modernes se noit l'individu. Pour s'donner un style certains jouent les bandits et font les fous tandis que le mic on brandit !».
Les Sages Po reposent ensuite leur lyrics sur le titre Barratin dédié aux femmes. Un morceau dans lequel Zoxea, Melopheelo et Danny dan font office de lead vocaux mais aussi de choristes et sur lequel ils expliquent les relations compliquées entre hommes et femmes.
Mais le trio ne se contente pas de compter ses conquêtes féminines, il s'attaque aussi à des sujets plus problématiques et cible les travers de la société moderne dans Dirigeants Bornés. Le refrain : «des dirigeants bornés, ça donne naissance à des gens morts nés ! Tues par les armes, tu périras par les armes ! » est le constat amère de la situation mondiale actuelle.
Signe de leur retour à l'ordre poétique, les Sages Poètes n'ont volontairement pas inclus de featuring. En 10 ans de carrière, le trio n'en a jamais trop fait et là encore seul leur talent fait la différence.
A écouter, le morceau intimiste et jazzy J'ai vu ça. Melopheelo et Zoxea racontent la déchéance de Charles, un fils de bonne famille détruit par la drogue. Un avertissement pour ceux qui seraient tentés de s'abandonner aux démons de la drogue.J'ai vu ça est un morceau extrêmement bien réussi dans lequel les voix posées des Sages Po vous bercent tristement.
Jean François et Jean Jacques Kodjo aka Melopheelo et Zoxea signent toutes les musiques de l'album et font de Trésors Enfouis, un album d'anthologie.
Malheureusement toutes les bonnes choses ont une fin. Les Sages nous consolent cependant avec un outro baptisé Fintrojazz où bien sûr le jazz est à l'honneur : Jazz et rap, même combat !
Trésors Enfouis délivrent un rap élémentaire, oui ! Mais fondamental, sans aucun doute!
Une dose de fraîcheur dans le hip hop hyper calibré d'aujourd'hui. Les Sages Po méritent bien leur nom ! Un album à écouter non-stop puisque la bonne musique ne s'use pas en mode repeat.