DRY
+ NEVER SLAVE MUZIK

samedi 01 mars 2014
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20H

Evoquer Dry, c’est à la fois se souvenir de l’âge d’or du hardcore et évoquer l’actualité rapologique grand public. Un peu d’histoire : Landry, d’origine congolaise, grandit en banlieue parisienne. Il fait ses classes dans le hip-hop avec Las, Démon One et Mamad au sein du groupe Intouchable, d’abord comme choriste puis comme rappeur. Son style versatile est un des points forts du premier album Les Points Sur Les I, sorti en l’an 2000. Entretemps, une équipe mythique fédère les rappeurs du Val-de-Marne et des alentours : c’est la Mafia K’1 Fry, et Dry en fait partie aux côtés de Kéry James, Manu Key, Rohff, Rim-K, etc. Il y apporte son expertise unique. « Le style Dry c’est moi, c’est beaucoup de flow. Je suis de l’école Fu-Schnikens/Das EFX, le flow a toujours été mon fort ».

 

Intouchable sort un second album en 2005, La Vie De Rêve. « Je n’ai jamais glorifié la rue, pourtant j’y étais vraiment et ce qu’on racontait dans Intouchable, on le vivait. Ça n’était pas des histoires vues à la télé. Chez nous comme dans tous les quartiers où il y avait un peu d’argent, on voyait le business, la drogue, les flics, les problèmes ». C’est la fin d’un cycle pour Dry, qui enregistre d’abord une mixtape, De La Pure Pour Les Durs, en 2008, puis un premier album l’année suivante, Les Derniers Seront Les Premiers. Une chose ne change pas : Dry reste fidèle à Wati B, la structure montée par Dawala. « C’est pour ça qu’on m’appelle l’Intransférable : je ne quitterai jamais le Wati B. On ne pourra pas me transférer ailleurs que dans mon club. On a créé Wati B pour sortir l’album La Vie De Rêve. Et après l’album solo de Démon One, il restait Dawala et moi ».

On le sait, Wati B est vite devenu la maison de la Sexion D’Assaut. Et c’est avec ces jeunes intrépides que Dry va se réinventer. « J’ai évolué au fil des années, entouré de mon équipe d’abord, la Mafia, et puis des jeunes de Wati B. C’est une autre école. En étant avec eux, j’ai  compris où ils voulaient en venir, comment ils écrivaient, la culture de la punchline. Maître Gims était déjà là sur mon premier album à me donner des idées et des coups de main. Il m’a toujours rendu service, aujourd’hui ça ne change pas ».

 

En 2012, Tôt Ou Tard confirme les espoirs que les connaisseurs placent sur ce vétéran qui plait au public de maintenant. « Les gens qui me découvrent, c’est le public de la Sexion. Le morceau avec Maître Gims m’a vraiment fait basculer. “Ma Mélodie”, ça a été le déclic. Cette deuxième vague m’a amené un autre public alors que j’étais là depuis dix ans. C’est de la chance mais surtout beaucoup de travail, et on le mérite, moi aussi bien que Dawala ». Soudain, Dry est exposé à la lumière. On l’entend en feat sur les hits « Wati By Night » et, tout récemment, sur « One Shot », un titre puissant de Subliminal, le projet de Maître Gims. Mais Dry doit percer en solo, et son album pour 2013 se doit d’être une magistrale leçon. Car l’objectif de Dry, désormais, c’est de boucler un disque puissant, à son image.

 

« Depuis la fin de Tôt Ou Tard je me suis remis au travail. Je veux que ce troisième album solo soit un disque ouvert et grand public. Son titre, c’est Maintenant Ou Jamais. Il y a des sons de Kore, de Scalp aussi, de 2093 Therapy, Gims ramène des prods, on a été voir tout le monde. Des fois sur internet on tombe sur des perles rares, on les garde. Mes amis JR et Doumam’s de La Sexion s’y mettent aussi ».

 

Sur Maintenant Ou Jamais on trouve un morceau très personnel dédicacé à Las Montana, « 14 Ans Déjà », évoquant cet Intouchable trop tôt parti. « Econome » est un autoportrait grinçant, mais on trouve aussi des sons festifs. Sur « Le Petit Frère », avec Kayna Samet, Dry parle à son cadet qui se marie et lui donne des conseils sur la vie. Il y a aussi du hardcore, dont un titre avec Niro, proche ami de Landry.

 

« Ensemble » est arrangé avec une chorale d’enfants et un grand orchestre. « J’avais entendu un track de 2Pac avec une chorale qui chantait des lyrics thug. Je voulais faire pareil mais c’était compliqué de proposer des paroles trop gangster à des gamins de dix à treize ans, donc on a opté pour un morceau assez ouvert. Le titre situe l’ambiance : “Ensemble on avance fièrement les mains liées, vu qu’on n’a rien, soyons tous alliés, on franchira plusieurs paliers”. C’était marrant à faire, les gamins étaient tout impressionnés. C’est un morceau fédérateur ».

 

Autre titre fort, « J’Avance » est la profession de foi de Dry : fini les plaisanteries, le beat est guerrier, le refrain R&B féminin d’une implacable efficacité. « Tous mes problèmes m’ont rendu méfiant, et puis je me dis merde, chacun son destin/À chaque ‘blème il y a une solution/Oui, tout le monde vit des moments sombres/Et crier le contraire serait un mensonge ».

 

« J’ai beaucoup travaillé, je fais ce que j’aime, je crois que c’est l’essentiel. Et je fais kiffer pas mal de gens, c’est plutôt une bonne chose », conclut Dry, un rappeur qui fonce vers le succès avec l’assurance d’un ancien et l’enthousiasme d’un rookie.

 

D, R, Y. Trois lettres, un flow, un destin.

 

Maintenant Ou Jamais, c’est le futur de Dry, et c’est maintenant.

 

Olivier Cachin

 

 

 
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